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Chrystel Hertzog, l’équitation comme école de vie
Monitrice équestre depuis plus de vingt ans, Chrystel Hertzog a choisi de revenir à l’essentiel : transmettre sa passion du cheval aux plus petits, avec douceur et pédagogie. À Vallauris, elle a fondé Monter Sourire, un poney-club où chaque séance est une leçon de vie. Rencontre avec une femme qui a fait du lien humain et animal le cœur de son métier.
Chrystel Hertzog n’a pas toujours travaillé avec des enfants et des poneys. Avant d’ouvrir son club Monter Sourire, elle a suivi une autre voie, celle de l’aviation. Diplômée également comme hôtesse de l’air, elle refuse pourtant très vite une carrière dans ce secteur :
« Ce n'était vraiment pas un métier que je désirais faire. »
Le déclic viendra avec la maternité. À la naissance de sa fille, une question s’impose : que veut-elle vraiment faire de sa vie ?
« Je me suis demandé ce que j’aimais quand j’étais jeune. Et c’était simple : j’aimais être avec les chevaux. »
Ce retour à ses racines ne relève pas de la nostalgie, mais d’une conviction profonde : l’envie de transmettre. Monter à cheval, oui, mais surtout enseigner. Car pour Chrystel, la pédagogie est un don, pas une compétence qu’on apprend :
« L’enseignement, c’est quelque chose d’inné. Soit on l’a, soit on ne l’a pas. »
Si elle parle avec autant de justesse du monde équestre, c’est que Chrystel le connaît depuis l’enfance. Elle a eu la chance de pouvoir monter très jeune, grâce à des parents qui ont soutenu sa passion. Mais ce qu’elle retient de ces années, ce n’est pas la performance, c’est l’humilité :
« À chaque fois qu’on croit savoir, le cheval nous remet en place. »
Dans son discours, les chevaux ne sont jamais réduits à de simples outils de loisir. Ce sont des partenaires, voire des enseignants. Elle cite l’équithérapie comme une évidence :
« Le cheval soigne. Il fait de l’équithérapie depuis toujours, sans qu’on le sache. »
C’est cette vision du cheval, à la fois compagnon et miroir de l’humain, qui l’a menée à créer Monter Sourire.
À Vallauris, Chrystel transforme un ancien court de tennis en un petit havre de paix. Quelques poneys Shetlands, des enfants entre 3 et 10 ans, des demi-journées d’initiation, et beaucoup de bienveillance. Voilà l’esprit de Monter Sourire, qu’elle lance officiellement le 15 septembre. Mais tout a commencé bien avant.
Alors que ses chevaux étaient hébergés dans une écurie de propriétaires à Mougins, elle travaillait déjà avec des groupes en situation de handicap :
« Ils ont toujours voulu me suivre. Ils ne voulaient pas aller travailler avec quelqu’un d’autre. »
Cette fidélité donne à Chrystel la force de se lancer, avec le soutien du propriétaire du terrain. Ensemble, ils imaginent un espace à taille humaine, pensé comme un club montessorien où l’enfant est acteur de son apprentissage.
Dans ce poney-club, l’enfant apprend en s’amusant. Dès l’âge de trois ans, il peut suivre une initiation d’une heure. À partir de quatre ans, il peut participer à des demi-journées, de 9h à 12h ou de 14h à 17h, le mercredi et le samedi. Des stages sont aussi proposés pendant les vacances scolaires.
Mais derrière cette organisation souple se cache une pédagogie rigoureuse. Chaque poney est partagé entre deux enfants. Ce principe simple a une vertu pédagogique essentielle :
« Ils apprennent à partager, à ne pas penser qu’à eux. »
Et ce n’est pas tout. En montant à poney, les enfants développent aussi leur motricité, leur équilibre, leur coordination. Chrystel observe avec fierté leurs progrès :
« Après quelques séances, quand ils montent sur un vélo sans petites roulettes, ça roule tout seul. »
Le parallèle entre les poneys et les enfants revient souvent dans ses propos. Pour elle, ce sont deux êtres sensibles, qui ont besoin d’un cadre mais aussi de jeu :
« S’ils s’ennuient, ils deviennent pénibles. Et s’ils n’ont pas de limites, ils nous marchent dessus. »
Ce sens de l’équilibre entre autorité et douceur, elle l’applique autant aux animaux qu’aux enfants. Elle tient à ce que ses poneys soient bien traités, qu’ils ne deviennent jamais vicieux ni méfiants :
« On essaye de travailler pour qu’ils n’aient plus de vice, qu’ils puissent redevenir justes. »
Cette exigence se double d’un immense respect, pour les animaux comme pour les enfants. Elle voit dans leur relation une source inépuisable d’apprentissage pour tous :
« Les enfants, comme les poneys, nous apprennent l’essentiel : la patience, la tolérance, la joie. »
Ce qui frappe chez Chrystel, c’est la joie qu’elle retire de son métier. Elle ne parle jamais d’effort, mais de plaisir. Pour elle, être avec les enfants, c’est retrouver quelque chose que les adultes ont trop souvent perdu :
« Les enfants nous gardent ce côté pur qu’on oublie en grandissant. »
Elle revendique une approche sensible, presque philosophique de l’éducation. Loin des injonctions de performance ou des pressions scolaires, elle propose un espace de liberté où l’enfant peut se construire à son rythme, au contact du vivant :
« Quand je suis avec eux, on s’amuse. On ne voit pas le temps passer. Et on oublie tous nos soucis. C’est magique. »
Portrait d’une passeuse de joie
Chrystel Hertzog n’a pas monté Monter Sourire pour faire carrière. Elle l’a monté pour transmettre ce qui l’anime profondément : l’amour des chevaux, l’importance du lien, la beauté de l’enfance. À l’heure où l’éducation s’accélère, où les loisirs deviennent souvent des produits de consommation, elle propose un autre tempo, plus lent, plus juste, plus vivant.
Un sourire, un galop, un regard entre un poney et un enfant. C’est dans ces instants simples que Chrystel puise son énergie. Et c’est ce qu’elle offre, chaque semaine, à Vallauris, sur un ancien terrain de tennis devenu terrain de vie.