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L’histoire de Didier Sabbah commence bien avant lui. « Mon grand-père a commencé en 1956, mon père en 1959 à la création de la verrerie à Biot », raconte-t-il. C’est donc une tradition familiale que Didier finit par embrasser à l’âge de 26 ans, après une première vie dans les médias comme animateur radio et journaliste.
Le passage à la verrerie s’est imposé à lui presque comme une évidence, après son service militaire. « Je voulais travailler ici sur la Côte d’Azur, mais à l’époque, en 1996, les médias n’étaient pas aussi accessibles qu’aujourd’hui », explique-t-il. Les outils étaient là, la passion familiale aussi. Il ne restait plus qu’à se lancer.
Ce qui le fascine, c’est l’infinité de possibilités qu’offre le verre. « Même si j’aime pas beaucoup le mot ‘création’, car le verre se fait depuis les Phéniciens », tempère-t-il. Il rejette l’idée de nouveauté absolue dans un métier aussi ancien, préférant parler d’interprétation, de style, de réinvention.
Travailler le verre, c’est s’inscrire dans une tradition tout en cherchant sa propre voie. « Moi, ce que j’ai fait, c’est qu’au début, comme je n’ai pas fait vraiment d’école de verre, j’ai essayé de me servir de mes défauts pour en faire des pièces originales. »
Le métier de souffleur de verre est exigeant, mais pas « difficile » selon lui. « C’est un métier d’art, il s’apprend. Il y a des écoles, des diplômes, un savoir-faire. Après, il y a le talent de la personne », souligne Didier Sabbah. Une manière de rappeler que la technique seule ne suffit pas.
Pour cet artisan, chaque jour est un recommencement. « À chaque début du mois, je dis toujours à mes équipes : c’est un challenge, il faut faire mieux que le mois d’avant. » Un engagement constant envers la qualité, la beauté et le public.
Didier a connu les revers de l’aventure artisanale. Trois déménagements d’ateliers, dont le dernier à Antibes, il y a dix ans, après une inondation. « On est reparti à zéro », se souvient-il. Perte de matériel, de production, d’un lieu de travail : tout était à reconstruire. Et il l’a fait, encore une fois.
Ce n’est pas un hasard si son discours est marqué par la persévérance. « C’est un challenge à chaque fois. » Créer, recréer, relancer une activité artisanale dans un monde en mouvement permanent demande une résilience que peu soupçonnent.
Didier Sabbah n’est pas seulement artisan. Il est aussi designer, créateur, chef d’entreprise. « C’est moi qui les fabrique, qui les imagine. Si je me plante, on plante l’entreprise. » Une pression constante, mais assumée.
Il observe les tendances, parcourt les magazines déco, scrute les évolutions pour rester dans le ton. « Il ne faut pas se tromper, il faut plaire. » À travers cette vigilance esthétique, il prouve que la création artisanale est aussi un dialogue avec le goût du public.
La formation continue est au cœur de sa démarche. Chaque année, il se rend à Murano, près de Venise, pour travailler avec les maîtres verriers italiens. « Je pars souvent trois ou quatre fois dans l’année, je suis comme un petit enfant de huit ans qui découvre. »
Le verre est une matière vivante, dit-il. Elle exige une attention constante, une remise en question quotidienne. « On l’apprivoise un peu plus chaque jour au fil du temps. »
Sa marque de fabrique, Didier la doit à ses débuts tâtonnants. « Au début, je ne savais pas manier le verre. J’ai laissé tomber un bout de verre sur le marbre, ça a donné une forme. » Ce geste maladroit devient une idée, une forme baroque qui se décline, se transforme en bouchons décoratifs.
Une leçon précieuse : c’est dans l’imperfection que naît parfois la singularité. Et cette singularité, il en a fait un style.
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