Rejoignez la communauté TaVilleTaVie
Depuis 2018, Giorgio Piccaia explore une voie singulière où se rencontrent esthétique et logique mathématique. « Mon art est lié à la suite de Fibonacci », déclare-t-il. Il ne s’agit pas d’un simple clin d’œil au célèbre mathématicien italien du XIIIe siècle, mais d’un langage symbolique à part entière. « Je travaille avec les numéros, je dessine les numéros, je fais la peinture avec les numéros ».
L’artiste voit dans cette suite mathématique une structure cachée de la nature, reflet de l’ordre universel. Il y puise un lien direct entre création artistique et forces cosmiques. « Les chiffres sont des symboles liés à la nature. Et la nature est éternelle ».
Cette conviction donne à sa pratique une dimension quasi mystique. Pour Piccaia, les chiffres ne sont pas qu’abstractions : ils incarnent une vérité transcendante. « Les chiffres sont liés à la spiritualité, parce qu’ils sont dans la nature, et la nature, elle est parfaite », explique-t-il. « Elle gagne toujours. Contrairement à l’homme, qui est imparfait ».
Son œuvre devient alors une tentative de capter cette perfection, de la rendre visible à travers formes et couleurs. Le nombre d’or, omniprésent dans la nature – dans les pétales de fleurs, les spirales des coquillages, la disposition des feuilles – devient la matrice de ses compositions.
Giorgio Piccaia revendique une approche intuitive autant que savante. Il cite les marguerites à 21 ou 34 pétales, deux nombres de la suite de Fibonacci, ou les spirales observables dans les tournesols et les pommes de pin. « Les arbres ont des numéros », affirme-t-il, soulignant la présence discrète mais constante de cette logique dans le monde vivant.
Ce regard scientifique ne réduit en rien la dimension poétique de son travail. Au contraire, il l’enrichit d’un niveau de lecture supplémentaire, où chaque œuvre devient à la fois contemplation et démonstration.
Installé en résidence à la Villa Fontaine, Piccaia retrouve à Antibes un terrain familier. Il y a déjà séjourné à plusieurs reprises, et c’est dans cette ville qu’il revient développer une nouvelle série de travaux. « Ici à Antibes, je travaille très bien », confie-t-il. « Je réalise une série d’œuvres sur papier de soie et sur toile en utilisant les nombres de la suite comme symboles » .
Antibes occupe une place particulière dans son parcours. La lumière, l’histoire artistique du lieu – marquée par des figures comme Picasso ou Hans Hartung – nourrissent sa recherche. « C’est un lien entre mathématique et spiritualité qui m’exalte, dans l’hommage à la divinité qui est en nous », dit-il encore .
L’exposition présentée à Casemates 14 n’est pas un point d’aboutissement mais un processus en mouvement. Piccaia y montre des céramiques datant de 2012-2013, des monotypes et œuvres sur acétate issues de précédentes résidences, mais surtout de nouvelles créations élaborées pendant l’« Atelier d’Hiver ».
L’atelier se transforme en « chantier ouvert », où les œuvres continuent d’évoluer, en dialogue permanent avec le lieu. Ces pièces accompagneront les prochaines étapes du Fibonacci Tour, en Chine et en Europe.
Depuis plusieurs années, le Fibonacci Tour a pris une dimension internationale. Il a traversé la Grèce, Pise, Venise, avec des expositions consacrées au dialogue entre art et mathématique, comme « Spazialismo Numerico » à la Fondation Donà dalle Rose, ou l’hommage à Fibonacci et Luca Pacioli à la Fondation Marchesani.
Ces étapes soulignent la cohérence d’un projet qui mêle rigueur intellectuelle et intuition plastique, mémoire et expérimentation, toujours dans le sillage de cette fameuse suite.
Pour aller plus loin :