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De la souffrance à la scène, Jean-Baptiste Seguin transforme le syndrome de Gilles de la Tourette en moteur d'expression artistique et de sensibilisation. Chanteur passionné, conférencier engagé, il raconte un parcours bouleversant où la musique devient un remède et un engagement citoyen.
Jean-Baptiste Seguin est chanteur. Mais son histoire ne s'arrête pas là. Atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, il a découvert très jeune que la musique était bien plus qu'une passion : un véritable baume thérapeutique. « Dès que je chante, j’ai plus de tics, j’ai plus rien », confie-t-il. « La musique est devenue en même temps une thérapie et une passion. »
Dès l’enfance, baigné par l’amour musical de sa mère, il est emporté par le pouvoir des notes. Un karaoké improvisé dans un village vacances révèle le déclic : ses symptômes disparaissent en chantant. S’enchaînent alors école de musique, premiers concerts, et surtout la découverte d’une identité apaisée sur scène.
La scène devient son sanctuaire. Un lieu de transformation totale. Là où d’autres subissent la pression du public, Jean-Baptiste y trouve sa liberté. « Il n’y a que sur scène que je suis une personne heureuse », affirme-t-il. « Je touche le bonheur à 150 %. »
Loin d’être une formule creuse, cette affirmation prend un relief poignant à l’aune de son parcours. Car pour lui, le bonheur est une conquête de tous les instants, un équilibre fragile mais possible. « Le bonheur, on a tendance à croire qu’il n’est pas palpable… Moi je l’atteins quand je chante. »
En 2022, Jean-Baptiste entre dans la lumière médiatique grâce à l’émission La France a un incroyable talent. Un tremplin inattendu mais décisif. « J’étais la première personne de l’histoire de l’émission à faire mes compos », se souvient-il avec fierté.
Son passage bouleverse les téléspectateurs : dès qu’il entonne ses chansons, ses tics s’effacent. L’émotion est palpable. Il ira jusqu’en finale, terminant cinquième. Plus qu’un classement, une révélation. « Ça m’a ouvert énormément de portes », résume-t-il.
Ce succès ne fait pas oublier à Jean-Baptiste les années sombres. Harcèlement scolaire, coups, moqueries, isolement… Son enfance a été marquée par la violence du regard des autres. « Je me suis pris des gifles, j’ai tout pris », raconte-t-il.
De cette douleur est née une seconde vocation : celle de transmettre. Il sillonne aujourd’hui les lycées, les collèges, les médiathèques, à la rencontre des jeunes. Il y parle d’acceptation, de différence, de tolérance. « J’aurais toujours rêvé avoir quelqu’un comme moi pour m’expliquer que j’allais pouvoir faire quelque chose de ma vie, même avec un syndrome neurologique rare. »
Parmi les personnes clés de son parcours, une professeure de théâtre joue un rôle décisif. Elle lui dit un jour : « Ta maladie, c’est un détecteur de cons. » Une phrase qui le libère du poids du jugement, et change sa perception du monde.
Ce regard neuf, Jean-Baptiste le transmet aujourd’hui dans ses ateliers d’écriture, notamment à l’École de la Deuxième Chance à Grenoble. Il y initie les jeunes à l’écriture intime, pour qu’ils découvrent « la beauté intérieure », loin des diktats esthétiques. « Ils ont tellement de choses à dire. Ce n’est pas qu’on les empêche, c’est qu’ils n’osent pas. »
Auteur-compositeur, il puise son inspiration dans sa propre vie, ses douleurs, mais aussi l’amour qu’il porte aux autres. « Même si j’écris des choses qui n’ont rien à voir avec le syndrome, il y a toujours une phrase qui rappelle le côté sombre de ce que je vis. »
Sa famille, ses amis, les rencontres nourrissent ses chansons. Un mélange de mélancolie lucide et de lumière tenace, comme en témoigne son album Mirage, disponible sur toutes les plateformes de streaming.
L’un des combats de Jean-Baptiste est d’échapper aux étiquettes. « Je ne suis pas qu’un syndrome », insiste-t-il. Dans l’émission télévisée, il choisit de varier ses performances, de montrer sa palette artistique : musiques différentes, textes personnels, présence scénique.
Car il revendique sa place en tant qu’artiste à part entière. Avec sa guitare, sa voix, ses mots, il veut toucher les cœurs au-delà du prisme médical. « Je suis aussi un chanteur et un musicien à proprement parler. »
Loin de se poser en victime, Jean-Baptiste porte un message d’espoir et de combat. « Il faut se battre, et pas seulement contre soi-même. » Il sait que tous n’ont pas la même chance que lui. Il pense à ceux qui n’ont pas accès aux plateaux télé, ou à ceux que la maladie rend moins sociables.
Face à cela, il milite pour l’éducation, la transmission, l’écoute. « Il y aura toujours quelqu’un pour vous écouter. » Et il conclut avec une formule forte : « L’ignorance est le vrai mal. La curiosité, c’est beau. »
Son album Mirage, véritable journal intime musical, rassemble ses compositions. Sur scène, il les interprète dans un décor qui lui ressemble : « toute ma chambre », comme un cocon exposé au monde. Il y évoque l’amour, la solitude, la colère, le rêve. « Ce n’est pas que du Tourette dedans », précise-t-il. « C’est tout ce que peut ressentir un homme de 32 ans. »
Les prochaines dates le mèneront à Aubagne et dans d'autres villes, toujours avec cette même volonté : chanter pour dire, chanter pour panser.