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À travers l’association La Sarriette, Justine Visconti et un collectif d’éleveurs redonnent vie à une matière oubliée : la laine de brebis. Un travail artisanal et militant, pour préserver les savoir-faire, soutenir les paysans et valoriser une ressource française délaissée.
L’engagement de Justine Visconti dépasse largement la passion pour le textile. Il s’enracine dans une vision collective et locale : « Pour moi en tout cas, ça fait sens d’aider des gens qui vivent et qui font vivre le territoire ».
En travaillant la laine, elle participe à un écosystème : celui de l’élevage paysan, de l’artisanat, des savoirs ruraux en voie de disparition. Elle valorise un produit longtemps relégué au second plan, considéré comme sans valeur par l’industrie et même parfois par les éleveurs eux-mêmes.
Justine ne travaille pas seule. Elle agit au sein de La Sarriette, une association qui regroupe des éleveurs de brebis, tous paysans. Ensemble, ils mutualisent une ressource commune : la laine. « Ils mettent leur laines en commun pour la faire transformer » explique-t-elle.
À partir de cette matière première, l’association produit des chaussettes, des pelotes, mais aussi une grande variété d’objets, adaptés aux spécificités de chaque race ovine. Les qualités de la laine diffèrent en fonction des bêtes, et chaque transformation est pensée en respectant cette diversité.
Ce que Justine et ses collègues défendent, c’est bien plus qu’un produit : c’est une matière première menacée d’oubli. « Aujourd’hui, la laine c’est un produit qui n’est plus acheté, plus valorisé » alerte-t-elle.
Ce désintérêt a des conséquences profondes. Les éleveurs perdent les savoirs liés à la sélection et à l’entretien de la laine. Une ressource française, renouvelable et naturelle, devient presque un rebut. En restaurant sa valeur, La Sarriette rend aussi du pouvoir à ceux qui la produisent.
L’initiative a donc aussi une dimension politique. Il s’agit de revaloriser une matière, mais aussi de redonner confiance aux éleveurs dans la richesse de leur travail. « C’est aussi redonner, leur redonner du pouvoir sur une matière première de leur production » insiste Justine.
Ce « pouvoir », c’est la capacité à décider du devenir de leur laine, à la transformer localement, à en tirer un revenu et une fierté. Une inversion du regard sur un produit longtemps invisibilisé.
L’action de Justine ne se limite pas à la fabrication. Elle passe aussi par la pédagogie. Elle tient à « montrer aux gens ce que c’est la laine, ce qu’on peut faire avec, et toute la valeur qu’elle a ».
Dans un monde saturé de fibres synthétiques, elle rappelle les vertus d’une matière naturelle, locale, biodégradable, chaude et respirante. Et surtout, elle raconte une histoire : celle d’un territoire, d’un troupeau, d’une communauté.
Avec La Sarriette, Justine Visconti prouve qu’il est possible de réconcilier écologie, économie locale et artisanat. À travers la laine, c’est tout un monde rural qu’elle aide à préserver et à transmettre. Une maille après l’autre, elle tisse les fils d’une autre manière de produire et de consommer.
DB+IA 30/11/2025