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De la Camargue aux Alpilles, en passant par la Crau, Michel Gourdon documente avec passion l’histoire des familles de bergers du Sud-Est. Ancien directeur des affaires culturelles de Mouans-Sartoux et cofondateur du Salon du Livre, il consacre aujourd’hui son énergie à préserver une mémoire en voie de disparition.
Michel Gourdon n’est pas un inconnu à Mouans-Sartoux. Retraité actif, il reste une figure emblématique du paysage culturel local. Il y a plus de trente ans, aux côtés de son épouse Marie-Louise Gourdon, il a lancé ce qui allait devenir l’un des plus grands festivals littéraires de France : le Festival du Livre de Mouans-Sartoux. Cette édition fête ses 38 ans et attire chaque année des milliers de visiteurs.
Mais Michel Gourdon ne se limite pas à son rôle d’organisateur. Aujourd’hui, il est également auteur, présent sur le stand des éditions du Cabri avec un ouvrage monumental dédié au pastoralisme.
Le sujet peut sembler discret, presque marginal, mais il touche à l’essence d’un patrimoine rural en déclin : celui des bergers et de leur mode de vie. Michel Gourdon y consacre une trilogie exceptionnelle. Son dernier ouvrage, « Les Bergers de Camargue, de Crau et des Alpilles », se distingue par son ampleur : 1328 pages, accompagnées de 3200 photos, réparties sur trois volumes.
Ce travail titanesque vise à restituer la mémoire de 300 familles, à travers des documents d’archives, des photos inédites et des témoignages recueillis sur plusieurs décennies.
Pourquoi se pencher sur ces métiers souvent oubliés ? Michel Gourdon en donne la raison simplement : « C’est un métier décrié, difficile, parfois méconnu. » Le pastoralisme, longtemps l’apanage des hommes, se féminise aujourd’hui. En documentant cette évolution, l’auteur rend hommage à des générations de familles qui ont façonné le territoire par leur labeur.
« On ne voulait pas qu’elles tombent dans l’oubli. On a voulu faire en sorte que ces familles continuent à être présentes, même si elles ne sont plus en activité », explique-t-il.
Cette démarche s’inscrit dans une continuité. Le premier volume de la trilogie était dédié aux Alpes-Maritimes, le second au Var et aux Alpes-de-Haute-Provence. Le dernier, qui vient de paraître, se concentre sur les Bouches-du-Rhône, la Camargue et les Alpilles.
Le projet ne se limite pas à la collecte de données. Il s’agit d’un véritable travail de mémoire. Et les familles concernées le perçoivent ainsi : « C’est très bien ressenti par elles », confie Gourdon.
La richesse de ces ouvrages tient dans la diversité des sources : archives familiales, photographies anciennes, mais aussi enregistrements oraux. Stéphane L’Écuyer, co-auteur, a mené un travail essentiel de collecte de témoignages auprès de bergers âgés, dont certains ont depuis disparu. Leurs voix, enregistrées, offrent un précieux éclairage sur une période allant des années 1950 à 1970.
Si le contenu est dense, la méthodologie l’est tout autant. « Il y a différentes façons de travailler pour arriver à un ouvrage pareil », précise Michel Gourdon. À ses côtés, son épouse Marie-Louise et son collègue Stéphane ont apporté leurs compétences respectives. Tandis que Stéphane recueillait les témoignages, Michel s’occupait de rechercher et trier les archives.
Il ne s’est pas contenté de compiler : dans certains cas, il a lui-même pris les photos, lorsque les familles ne disposaient d’aucun document visuel. Ce souci du détail donne à l’ensemble une cohérence rare dans les travaux ethnographiques régionaux.
Ces volumes constituent des ressources uniques pour les historiens, sociologues, et plus largement tous ceux qui s’intéressent à l’histoire rurale. On y découvre des parcours de vie, des traditions, des gestes du quotidien, des visages oubliés.
Le pastoralisme, trop souvent relégué à l’arrière-plan, est ici replacé au cœur du récit territorial. Il témoigne d’une autre relation au temps, à la nature, à l’effort, dans un monde en mutation rapide.
Ce travail n’est pas tourné vers le passé par nostalgie, mais bien vers l’avenir. Michel Gourdon insiste sur la notion de transmission : « Il faut que ça reste, que ce soit là pour ceux qui viendront après. »
À l’heure où les métiers traditionnels disparaissent, où les jeunes générations s’éloignent des réalités agricoles, cet ouvrage fait office de passerelle entre hier et aujourd’hui, entre le monde rural et le monde urbain, entre les savoir-faire et les savoir-lire.
Pour aller plus loin :
Livre : Nos bergers, édition du cabri