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Trufficulteur à Gourdon, Thomas Bousckri cultive la truffe noire d’hiver sur une plantation qu’il a façonnée de ses mains. Entre traditions agricoles, exigence technique et adaptation aux bouleversements climatiques, il perpétue un savoir-faire rare.
Installé à Gourdon depuis toujours, Thomas Bousckri a commencé la truffe il y a une vingtaine d’années, en ramassant les champignons à l’état sauvage dans les collines environnantes. Avec le temps, l'expérience et la passion, il a choisi de créer sa propre truffière pour répondre à la disparition progressive des truffes sauvages.
Appris sur le terrain, le métier de trufficulteur ne s’improvise pas. Il demande une connaissance fine des sols, des arbres, du climat et des animaux. Sans formation institutionnelle dédiée, la transmission se fait par la pratique et l'observation, au fil des saisons.
Depuis douze ans, Thomas a implanté une truffière de deux hectares afin de pallier la disparition progressive des truffières sauvages. Il y a planté plusieurs types d’arbres, dans le but de limiter les risques liés aux maladies et de ne pas perdre toute sa plantation en cas de contamination. Il a privilégié les chênes blancs et verts, réputés pour être de meilleurs producteurs.
La truffe noire, qu’il cultive, met plusieurs années à se développer. Il faut en moyenne cinq à dix ans pour qu’un arbre produise ses premières truffes. Ce rythme lent fait de la trufficulture un travail de prévoyance, où chaque décision a des effets à long terme.
La truffe noire, aussi appelée truffe d’hiver (Tuber melanosporum), suit un cycle naturel de neuf mois. Elle naît au printemps, grossit pendant l’été et arrive à maturité en hiver. La récolte, qui s’étend de décembre à février, est le point culminant d’un travail invisible réalisé tout au long de l’année.
En dehors de la saison de récolte, l’entretien de la truffière est rigoureux : arrosage, tonte, taille des arbres, surveillance des sols. Chaque intervention vise à maintenir des conditions optimales pour le développement du champignon.
La recherche des truffes repose sur une relation étroite avec un chien dressé spécialement pour détecter leur odeur. Sur le terrain, l’animal signale la présence d’une truffe en grattant légèrement le sol. Il revient ensuite à son maître de la prélever avec soin, sans l’endommager.
Cette collaboration nécessite une grande complicité. Le chien, sollicité pendant plusieurs heures, doit être régulièrement hydraté pour maintenir son efficacité. Plusieurs passages dans la semaine, voire dans la journée, sont souvent nécessaires pour repérer toutes les truffes arrivées à maturité.
Le travail de la truffe demande aussi une attention aux détails invisibles. Certaines truffes émergent du sol : ce sont les truffes dites de marque. Plus exposées, elles risquent de se dessécher ou d’être abîmées par les insectes. Pour les préserver, un peu de sable est déposé dessus, afin de les protéger du soleil et de l’air sec.
Chaque variété d’arbre, chaque coin de la truffière peut influencer la productivité. Diversifier les essences permet aussi de limiter les risques en cas de maladie. Il n’existe pas de règle fixe : certains arbres produisent beaucoup, d’autres peu. Tout dépend de la météo, de la richesse du sol et de la maturité des arbres.
Depuis quelques années, le changement climatique bouleverse les équilibres établis. Les truffes sauvages se font rares, les précipitations sont plus irrégulières, et les périodes de chaleur plus intenses.
Pour faire face à ces nouvelles contraintes, Thomas a équipé toute sa plantation d’un système d’irrigation. Il s’agit aujourd’hui d’un élément indispensable : sans eau, pas de truffes. Cette adaptation est devenue une condition de survie pour de nombreux trufficulteurs.
Il surveille aussi les cycles lunaires, la température des sols, et adapte ses pratiques au plus près des conditions naturelles. Car la truffe ne tolère ni excès, ni carences. Elle réclame un équilibre subtil que seul le temps permet de comprendre.